Analyse de S.O.S. Météores (1959, E.P. Jacobs) et de la place de la science dans la société des années 50

Comment la science peut-elle faire la pluie (surtout) et le beau temps (peut être)

La cinquième aventure des deux héros britanniques a d’abord été publiée en planches dans le Journal de Tintin, entre janvier 1958 et avril 1959, puis éditée en album fin 1959.

Cette aventure constitue au premier abord un album classique de la série : une intrigue policière dans un contexte de conflit, avec un soupçon de mystère et de science-fiction. On peut cependant noter la quasi absence de Blake, par rapport à son ami Mortimer – d’où le sous-titre, Mortimer à Paris – et son apparition seul sur la couverture. Il s’agit du premier album dont l’intrigue se passe en France, et plus particulièrement, du seul à aborder des questions relatives aux interactions entre l’Homme et son environnement.

L’image de la couverture marque par sa violence : la tour Eiffel, sous une pluie d’éclairs, est entourée par les flammes. La cause de cette scène apocalyptique est discernée avant même la lecture de l’album : les énormes engins que l’on distingue au premier plan semblent en effet être les créateurs de cette mauvaise météo. Pour compléter ce paysage de « fin du monde » – expression reprise par des personnages dans l’album -, deux individus en combinaison, armes à la main, sont présents en bas à gauche de l’image.
Il est rare de voir un tel déchainement de violence sur la couverture d’un Blake et Mortimer, les lecteurs d’E.P. Jacobs – ou de ses successeurs – ont d’ordinaire l’habitude d’images représentant les protagonistes en action, ou observant une scène qui se déroule sous leur yeux.

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La couverture correspond au final de l’album, lorsque le professeur Mortimer déclenche involontairement l’autodestruction des machines. À l’origine de cette catastrophe, Mortimer est appelé en France par le professeur Labrousse pour discuter de cataclysmes météorologiques qui frappent l’Europe de l’ouest. L’enquête les mènent au professeur Miloch, un savant fou à la tête d’une station météorologique. La station contrôle tout le climat d’Europe de l’ouest, grâce à d’énormes machines – celle de la couverture. Le but de cette station est de créer un brouillard toxique, permettant une invasion de plusieurs centres militaires et scientifiques français. Quand Mortimer s’enfuit de la station où il était retenu prisonnier, il déclenche l’autodestruction du site et des machines.

E. P. Jacobs s’est souvent inspiré pour ses albums des deux guerres qu’il a connu et qui l’ont beaucoup marqué, la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide.
Le professeur Miloch, créateur des machines contrôlant le climat, représente le savant fou, que la science passionne plus que tout, sans aucune conscience éthique. Ce n’est pas la première fois que E. P. Jacob introduit un savant fou dans son intrigue, les lecteurs ont déjà rencontré le professeur Septimus dans l’album La Marque Jaune, publié en 1956. De tels personnages fictifs sont à mettre en lien avec les « scientifiques » de l’époque, comme Josef Mengele, officier nazi qui réalisa des expérimentations médicales sur les déportés juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, sans égard pour leur vie, ou Vladimir Demikhov, qui tenta de faire vivre des chiens à deux têtes dans les années 1950.

La lecture de cet album nous renvoie à une vision de la science par la société de l’époque. À partir des années 1950, la multiplication des expériences inhumaines et la prolifération des armes nucléaires entrainèrent une crainte de la science incontrôlée – et des scientifiques.
À l’époque d’E. P. Jacobs, les questions concernant le climat ne sont en revanche que très peu évoquées, dans les débats scientifiques comme dans la culture ordinaire. La science-fiction des années 1950 et 1960 s’intéresse plutôt à la possible présence d’extraterrestres. La prise de conscience d’E. P. Jacob vis-à-vis du risque climatique est donc anticipée.

Depuis la couverture jusqu’à la dernière page de l’album, le climat accompagne le lecteur, oscillant entre pluie, tempête et averse de grêlons géants, créant une atmosphère inquiétante et froide. Les scènes fortes comme le brouillard toxique ou l’explosion de la station, rapprochent la bande-dessinée d’un film catastrophe.

Bien que le contexte ne soit plus le même aujourd’hui, cette mise en évidence des problématiques climatiques est un thème d’actualité. En 1963, le météorologue Edward Lorenz démontre que le climat est soumis à la théorie du chaos et qu’il est donc impossible à contrôler. La crainte d’un scientifique pouvant manipuler le climat a été remplacée par celle d’un climat dangereux car justement incontrôlable. La culture s’imprégnant des questionnements actuels, les changements climatiques sont devenus un nouveau thème de science-fiction à part, le climat-fiction. Nous pouvons ainsi citer quelques films comme le Jour d’Après de R. Emmerich en 2004 ou le Transperceneige de Bons Joon-ho en 2013, et les romans Bleue comme une orange de N. Spinrad en 2004 ou La Horde du Contrevent de A. Damasio en 2004.

Vous pouvez retrouver d’autres analyses de documents sur le site la Lucarne : https://ateliercst.hypotheses.org/

Et voici la vidéo qui accompagne le texte

La motion capture dans Rogue One ou comment le général Tarkin contre-attaque

Proposition de dispositif informel de médiation pour la sélection La Lucarne 2017, Objectif Médiation : http://ateliercst.hypotheses.org/3095

tarkin motion capture

Le choix est audacieux et le résultat impressionnant. Dans Rogue One, les spectateurs ont pu voir les visages de Peter Cushing et de Carrie Fisher jeune, recrées par ordinateur, à l’aide de la motion capture. À l’inverse de sa collègue, en vie lors du tournage, l’acteur Peter Cushing est mort en 1994.

Les studios Lucasfilm cherchaient sans doute le succès financier – pari réussi (plus d’un milliard de recettes pour un budget d’environ 200 millions de dollars) – entre autre grâce à l’émotion du spectateur suscitée par cette résurrection. Pourtant, les studios abordent, certes de façon informelle, un sujet de STS sur les limites de l’utilisation de la technologie.
Outre le coté éthique de faire jouer un acteur mort (Libération et Le Monde comparent cette technique à de la nécromancie), des questions plus triviales se posent : comment définir le statut des images obtenues ? À qui profite ce rôle posthume ? Bien que l’accord de la famille de l’acteur a été donné à Lucasfilm, lui-même aurait-il accepté de tourner dans un nouveau Star Wars ?

Les studios Lucasfilm ont répondu qu’ils n’avaient pas eu le choix de recourir à cette pratique, étant donné l’importance de ces personnages. Cependant, l’équipe du film, peut être face à cette polémique, est revenue sur sa décision de remplacer numériquement Carrie Fisher, morte fin 2016, dans les prochains Star Wars : « nous ne recréerons pas de personnage numérique sur d’autres épisodes. Ce n’est pas prévu pour l’instant. » L’avenir nous dira ce que les studios choisiront.

 

Mission Rosetta : la conquête de l’espace version 21ème siècle

Deux évènements ont marqué la communauté scientifique d’astronomie en septembre dernier : la fin de la mission européenne Rosetta et l’annonce de la découverte d’eau sur la lune Europe par la NASA. Ces découvertes scientifiques sont importantes pour l’union européenne et les États-Unis.

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Vue d’artiste de Rosetta et Tchoury (Blog de l’ESA)

Le 30 septembre 2016, la sonde Rosetta s’écrasait en douceur sur la comète Churyumov-Gerasimenko (Tchoury pour les intimes), marquant la fin d’une des plus importantes missions de l’agence spatiale européenne (ESA) depuis 20 ans. Quelques jours auparavant, le 26 septembre, la NASA, l’agence spatiale américaine, déclarait que le télescope spatial Hubble avait repéré en 2014 des possibles traces de panaches de vapeur d’eau sur Europe, une lune de Jupiter. L’annonce de l’agence américaine, diffusée si près de la fin de la mission Rosetta, n’est probablement pas une coïncidence. D’autant plus que l’ESA a commencé la mise en place d’un nouveau projet d’exploration spatiale vers les lunes de Jupiter, JUICE (article en anglais), afin de confirmer la présence d’eau sur ces satellites. Un lancement est prévu pour 2022.
Nous sommes ici en plein conflit médiatico-politique entre l’Europe et les États-Unis pour une nouvelle conquête de l’espace. Peut-être que cela vous rappelle les prises de becs entre l’URSS et les États-Unis au moment de la guerre froide ?

Mais pourquoi une nouvelle course à l’espace ?
La mission Rosetta et la découverte d’eau sur Europe ont deux points communs : la recherche d’une vie extraterrestre, et l’origine de la vie sur notre planète. Or la recherche de traces de vie dans l’espace est considéré comme l’une des plus importantes missions spatiales ces dernières années.
Rosetta a voyagé avec le petit robot Philae, dont nous avons pu suivre les péripéties en 2014 lors de son atterrissage sur Tchoury. La sonde spatiale a permis de démontrer la présence dans les gaz et les poussières volatiles de molécules organiques (comme le carbone, l’oxygène, l’hydrogène et l’azote) ainsi que de la glycine, un des composants de notre ADN. Les résultats indiqueraient donc que la vie sur Terre pourrait en partie venir du bombardement des comètes lors de la formation de notre planète.
De son coté, les résultats de la NASA, s’ils sont confirmés par un envoi de sondes près d’Europe, indiqueraient que la lune serait composée en grande partie d’un océan sous sa croute glacée. Cet océan contiendrait un volume d’eau plus important que tous les océans de notre planète réunis. Les panaches de gaz témoigneraient de plus, de la présence d’une activité volcanique. Or la chaleur combinée à de l’eau est l’une des conditions pour voir apparaître de la vie. L’agence américaine espère pouvoir envoyer une sonde autour de 2020, pour explorer exclusivement la lune Europe (article en anglais) et déterminer la présence de possibles molécules organiques. Les États-Unis participent également à la mission JUICE, et pourront ainsi bénéficier des nouveautés technologiques pour leur propre mission.

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La Lune Europe vue par la sonde Galileo

Rosetta, JUICE, l’exploration d’Europe, chaque mission demande près de 1 milliard d’euros. Il suffit de rappeler que la mission Rosetta a demandé l’implication de plus de 500 ingénieurs et chercheurs, pour une mission qui a duré 30 ans  – dont 12 ans dans l’espace -, et pour une sonde qui a embarqué 12 instruments à la pointe de la technologie. Par ailleurs, le coût de la mission Rosetta a été amorti, puisque que les instruments de Rosetta sont constamment restés allumés lorsque la sonde était en orbite autour de Tchoury, y compris lors de sa descente sur la comète, afin de recueillir le plus grand nombre d’informations possibles.
Il est probable que les laboratoires n’auraient pas pu trouver un tel financement si l’enjeu n’était pas valable.

Une retombée médiatique à ne pas négliger
Et il l’est, puisque être le premier à rapporter de nouvelles traces de vie venant d’autres planètes placera le pays (ou la communauté de pays) prédominant, un temps, sur le plan médiatique. Tous les yeux étaient tournés vers le robot Philae, au moment de son atterrissage sur la comète et les découvertes de Rosetta sont déjà décrites dans la presse internationale.
Ainsi, finir avec succès la mission Rosetta est une fierté pour les pays de l’union européenne. Le 30 septembre, lors de la descente de la sonde, le centre national d’études spatiales a rassemblé des scientifiques de tous les pays d’Europe pour débattre des dernières découvertes de la mission. Lors de ces conférences, un grand nombre de termes extrêmement positifs ont été employés (données considérables, fantastiques, informations stupéfiantes). Ce crash volontaire a été suivi en direct par plus de 10 000 internautes et le compte ESA_Rosetta a recruté 140 000 abonnements supplémentaires sur Twitter et Facebook. Voilà pourquoi les missions européennes et américaines sont si proches dans le temps, et pourquoi les pays appuient ces missions.

Avec Rosetta, ESA 1 – NASA 0. La prochaine manche reste à venir…

Étudier les oiseaux en hiver grâce à son smartphone

Les sciences profitent (et elles n’ont pas tort) du numérique pour faire participer le grand public à des expériences mais c’est la première fois qu’une application est crée dans ce sens.

Vigie nature, un programme de sciences participatives soutenu par le Muséum national d’histoire naturelle, a développé une application qui permet aux utilisateurs de collecter des informations sur le comportement de nourrissage des oiseaux en hiver.

L’application nous apprend d’abord à reconnaître les espèces les plus communes de nos mangeoires grâce à un quiz basé sur une collection de photographies.
L’application est organisée comme un jeu, où il faut reproduire les déplacements des oiseaux autour des mangeoires sur l’écran tactile. Les données sont collectées puis transmises aux chercheurs de Vigie nature. Dans une démarche d’open data, les informations recueillies sont disponibles sur simple demande. La participation se réalise donc dans les deux sens, ce qui assez rare pour être noté.

Pour les personnes ne disposant pas de jardin ou ne souhaitant pas installer de mangeoire chez eux, des mangeoires sont mises en place dans les lieux publics.

L’expérience BirdLab se déroule tous les ans entre le 15 novembre et le 31 mars en partenariat avec la LPO et AgroParisTech.
Site internet : http://vigienature.mnhn.fr/vigie-manip/birdlab

Plumes de Dinosaures ! À l’Espace des Sciences de Rennes

C’est sur un marché birman que le paléontologue chinois Lida Xing a trouvé des morceaux d’ambre contenant des restes d’organismes fossiles. Leur étude a révélé qu’il s’agissait d’une extrémité de queue, constituée de huit vertèbres, et portant vraisemblablement des plumes.

Ces vertèbres auraient appartenu à un jeune Coelosaure (une famille de dinosaures de petite taille). L’ambre daterait de 99 millions d’années, ce qui correspond au Cénomanien, un étage du Crétacé supérieur.

Ce n’est pas la première fois que des restes de vertébrés sont découverts dans l’ambre, ni que des paléontologues mettent au jour des restes de plumes ayant appartenu à des dinosaures. Vers 1990, les chercheurs révèlent l’existence de dinosaures à plumes et les traces se sont multipliées ces dernières années. Il est admit aujourd’hui que les plumes sont apparues très tôt et qu’il ne s’agit pas d’un caractère dérivé propre à la lignée des oiseaux. Des plumes seraient présentes chez certains Ornithischiens, un ordre de dinosaures qui s’est séparé des Saurischiens (l’ordre dont dérivent les oiseaux) il y a 250 millions d’années.

Pourtant, la nouvelle mérite d’être remarquée : la conservation exceptionnelle a permis de fines analyses par tomodensitométrie (terme complexe pour désigner le scanner par rayons X), qui ont révélé d’infimes détails. Les chercheurs, dont les résultats ont été publiés dans la revue Current Biology, ont ainsi repéré des accumulations de fer, interprétées comme des dépôts d’hémoglobine. Des traces de pigments indiquent que cette queue devait être de couleur brune sur la partie supérieur et blanc en dessous.

Cette queue de dinosaure rejoint la liste des nombreux arthropodes et vertébrés découverts dans l’ambre. L’ambre conserve en effet les structures mieux que le sédiment mais il est rare de retrouver des restes d’organismes piégés dans cette résine fossile.
Il est également important de noter le potentiel des études de vestiges de faune et flore fossilisés dans l’ambre, dont les tissus mous sont préservés.

Si vous souhaitez apprendre d’autres histoires sur les dinosaures à plumes, vous pouvez aller visiter l’exposition temporaire qui se tiendra jusqu’au 5 mars prochain à l’Espace des Sciences de Rennes : http://www.espace-sciences.org/expositions/plumes-de-dinosaure

Vaiana, ou l’archéologie océanienne vue par Disney

Sorti en fin d’année dernière, Vaiana (ou Moana en VO) est le petit dernier de chez Disney. Si ce film a pu être l’occasion d’une sortie pendant les vacances de Noël, c’est aussi une opportunité de vous parler d’archéologie.

Le film s’inspire des découvertes concernant les populations océaniennes datant de 2000 ans avant Jésus-Christ. À cette période, de nombreux navigateurs possédant une culture commune appelée Lapita sont partis de Papouasie Nouvelle-Guinée et ont colonisé les divers archipels du Vanuatu jusqu’aux Samoa. S’ensuit une « pause » dans la navigation, qui dura un millénaire environ, avant que celle-ci ne reprenne plus vers l’est, vers la Nouvelle-Zélande, la Polynésie française et Hawaï. La cause de cet arrêt reste mal comprise, mais il est fort probable qu’elle soit liée à des changements climatiques et à la technologie de la navigation Lapita. En partant vers l’est, la distance entre les îles augmente à partir des Samoa, rendant les voyages plus long et plus difficiles. Les archéologues estiment que les pirogues à balanciers n’étaient pas adaptées à de tels trajets.

Bien sûr, la cause de l’arrêt de la navigation est beaucoup plus séduisante dans Vaiana, mais le film reste dans l’ensemble scientifiquement cohérent, que ce soit du point de vue des plantes, des animaux, des paysages et des constructions (pirogues, maisons) présentées.

La culture scientifique est donc partout, y compris chez Disney. Il ne vous reste plus qu’à (re)voir le film d’un œil neuf.

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En rose, la zone de l’Océanie colonisée depuis 3000 ans, en vert les trajets cités dans l’article. Les chiffres correspondent à des âges avant et après Jésus-Christ

Pour plus d’information vous pouvez lire cet article (en anglais) : http://www.tahiti-infos.com/The-true-origins-of-Disney-princess-Moana_a142314.html

Le Blog de la Fondation, kescekecé ?

La Fondation renvoie aux romans d’Isaac Asimov, publiés entre 1951 et 1993. Afin de préserver le savoir de l’humanité lors de la chute de l’Empire galactique qu’il a prédit, Hari Seldon suggère la création d’une encyclopédie rassemblant les connaissances des mondes habités de toute la Voie Lactée.

De façon bien plus modeste que les Encyclopédistes de la Fondation, on abordera des sujets d’actualité scientifique et technique, et on parlera de médiation culturelle ou de la place de la science dans la société.